Dur dur d’être un grand

Devenir un grand

Il nous est arrivé à tous d’avoir une idée géniale, brillante, formidable… Tout paraissait clair dans notre esprit : il suffisait de prendre un peu de colle, un morceau de ficelle, quelques allumettes… etc. Sauf qu’une fois tout rassemblé devant nous, d’un seul coup, tout paru moins simple ; l’idée géniale se transforma en petit désastre, la solution brillante se consuma et parti en fumée. Tout le monde ne peut pas prétendre être Mac Giver (les lecteurs nés au XXe siècle comprendront).

Les ingénieurs aussi ont à solliciter leur imagination pour résoudre la plupart des problèmes qu’ils rencontrent : eux aussi en sortiront toutes sortes idées, bonnes ou mauvaises. Sauf que les ingénieurs sont des « gestionnaires de contraintes », et c’est tout un art. Ils le savent, beaucoup de leurs brillantes idées viendront se heurter aux innombrables contraintes qui leurs sont imposées. Et c’est là leur sort : ils devront souvent tuer 99 idées géniales parce qu’elles sont irréalisables pour ne retenir que la 100ème, l’idée restante, parfois la moins plaisante. On attends d’eux ensuite qu’ils déploient tout leur génie à la mettre en oeuvre et de la manière la plus simple possible. Les ingénieurs, ils ont été formés pour ça, sont ceux qui articuleront l’imagination et la réalité pour donner naissance à de nouvelles réalisations.

Pourquoi demander alors à des élèves de 3e de faire preuve d’autant de recul et de maîtrise ? A peine ont-ils conscience des contraintes auxquelles ils sont confrontés, il leur manque aussi de trop nombreuses connaissances. Pourtant c’est bien à des problématiques d’ingénieurs que nous nous sommes engagés à les confronter. Il faut qu’ils comprennent que tout n’est pas possible, qu’il faut être méthodique dans le travail, qu’il faut apprendre à travailler en équipe, garder une trace écrite des progrès et des choix fait, partager les ressources, se coordonner…

En réalité, peu importe qu’ils acquiert de la méthode et des connaissances… après tout, ils ne sont encore qu’au collège (vous pensez que j’exagère, vraiment ??) !

Ce que nous voulons surtout, c’est qu’ils goûtent au plaisir de la découverte, qu’ils prennent goût à une certaine forme de travail, qu’ils s’initient à la satisfaction d’être inventeur et artisan. Et puis c’est l’occasion pour l’enseignant de, peut-être, découvrir des talents cachés. Ces projets sont de nouvelles formes de travail qui nous sortent un peu du carcan scolaire. Quelle satisfaction lorsque nous pouvons enfin voir dans le regard de l’un de nos élèves cette petite lueur si reconnaissable d’un esprit qui s’éveille à une nouvelle compréhension. C’est là ce que je guette chez mes élèves, c’est là ce que je recherche. Je veux avant tout qu’ils découvrent la joie d’être maîtres d’oeuvre de leur travail, et plus simplement exécutants, qu’ils parviennent à réinvestir leurs connaissances et leurs compétences. Parce que je sais que lorsqu’ils auront découvert cela, ils voudront recommencer. Sauf que c’est rarement spontané. Et si je veux qu’un jour ils puissent devenir des ingénieurs, de bons artisans, de bons architectes, de bons ouvriers qualifiés, il faut qu’ils apprennent à avoir confiance en eux et en leurs compétences, aussi simples soient-elles encore.

C’est trop difficile

Le projet leur plait, c’est unanime. Pourtant à chaque fois que je les met face au problème qu’ils ont à résoudre ils se découragent ; selon eux, jamais ils n’y arriveront… Dommage qu’arrivés en 3ème ils aient si peu confiance en eux ! Le moindre calcul les paralyse, le moindre croquis les fait fuir. Que ce soient de bons élèves ou non, ils pensent ne rien savoir faire. Que cela me fait enrager !! Bigre ! Tous nos efforts conjugués pour ce résultat ? Non, il faut que nos élèves découvrent qu’ils ont beaucoup de capacités qu’ils ignorent.

Réagissent-ils ainsi parce que sans cesse ils se mesurent à des choses parfaites ? Des idoles parfaites à la télévision, des jeux vidéos irréels dans lesquels tout est possible, une multitude d’objets perfectionnés qui semblent fonctionner tout seuls ? Ou serait-ce parce que notre système scolaire, construit pour les faire échouer sans cesse(*), ne leur apprends jamais comment gérer leurs échecs ? Nos grands-parents avaient une vie plus dure que la notre, certes, mais dès leur plus jeune âge ils étaient confrontés à la nécessité de travailler pour obtenir quelque chose. Aurions-nous perdu quelque chose d’essentiel ?

Nous faisons beaucoup d’efforts pour nous rendre la vie plus facile… et nous engendrons des enfants réfractaires à l’effort. Rendons donc les choses plus difficiles à l’école, les problèmes à résoudre plus compliqués, et prouvons-leurs qu’ils sont capables d’y arriver ! Je ne dis pas de les jeter dans le grand bain, de les regarder se noyer, d’attendre 5 minutes et de ne repêcher que les survivants. Non, je dis qu’il faut leur donner des problèmes intéressants à résoudre, et que les problèmes intéressants sont compliqués. Qu’il faut les accompagner dans la résolution de ces problèmes en les tenant par la main, et surtout ne pas leur mâcher le travail. Nous voulons qu’ils grandissent maintenant, il suffit d’être encore des enfants.

Et si devenir des adultes c’était prendre confiance en sa capacité à affronter les problèmes (et non pas avoir 18 ans, son permis et une bonne note au bac) ?

« Monsieur, c’est trop difficile ! » – « Mais non, vous verrez, vous y arriverez. Vous en êtes capables. Il vous suffit de chercher un peu… »

Dur dur d’être un grand.

 

 

(*)remarque très personnelle : à moins d’avoir 20/20 de moyenne générale, un bulletin de note affiche autant le nombre de fautes qu’on a fait tout au long du trimestre que le nombre de non-fautes. Ne faut-il pas être un peu joueur pour se battre afin d’avoir le moins de fautes possibles ? A leur âge, cela me décourageait beaucoup : un peu plus de fautes ou un peu moins, cela m’importait peu, cette compétition m’ennuyais profondément même. La seule chose qui comptait vraiment était l’intérêt que je pouvais trouver à faire mon travail… et je n’en trouvais généralement aucun !

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Objectif : un rover d’exploration pour Mars

Le projet est lancé ! Première séance de travail avec un groupe d’élève de 3ème. Les premières minutes sont trop calmes. On appelle au téléphone notre tutrice, ingénieure mécanicienne à Thalès – Cannes. Quelques échanges avec les élèves. Le projet les enthousiasme beaucoup, mais au fur et à mesure qu’ils prennent la mesure de la tâche à accomplir, ils opèrent un mouvement de retrait : le projet « super » devient « trop dur »…

Je me transforme alors en éclaireur, en initiateur, je pose des questions, provoque des réactions, toujours trop timides. Puis l’un d’entre eux suggère, chuchote presque, une idée originale ; mais il n’ose la répéter pour que tout le monde entende. J’insiste gentiment, la tutrice renchérie en racontant que c’est souvent celui qui a une idée pas comme les autres qui apporte des solutions dans les équipes de travail. Alors il ose : remplaçons le gros ballon de 5m3 d’hélium par un parachute rigide.

Tout le monde se met à imaginer l’engin, la scène du lancement… oui, ça posera des problèmes, mais c’est aussi probablement la meilleure solution. Alors voilà mes 14 élèves lancés sur une piste concrète. C’est donc l’heure de mettre fin à la petite conférence téléphonique que nous avions avec notre tutrice. Vraiment, ils ne s’attendaient pas à ça.

Ils constituent l’une des 6 équipes qui travailleront à imaginer et construire ce Rover, EXPLOMARS. Nous allons consacrer le reste de la séance à étudier le Besoin, notion fondamentale en Technologie. L’heure est très dense. Si seulement je pouvais me dédoubler…! Mais tout cela n’a pas été fait en vain : les élèves sont ressortis avec une idée précise de ce qu’ils allaient devoir fabriquer.

Et cet élève qui a eu une idée originale…? Il en a eu d’autres encore. Le dernier croquis que je leur fais quelques instants avant qu’ils ne sortent, c’est la synthèse de ses idées qu’il n’a pas réussi à dessiner clairement. Tout le monde est d’accord. Ils construiront une nacelle rigide en plastique surmontée d’un parachute rigide géant, un peu comme un immense parapluie. C’est cette nacelle qui contiendra le Rover pendant sa chute (lancement prévu d’une hauteur de 5m).

Il ne reste donc plus qu’à rédiger le cahier des charges, dessiner l’objet, dimensionner le parachute, trouver les matériaux, faire des essais, fabriquer des prototypes…. etc. et juste 8 séances encore pour faire tout ça !    (……8 séances ?? Mais où est passé la 9ème ? Ha oui, c’est vrai, on vient de la faire… Quoi, déjà ??)

Et maintenant, grand moment de perplexité pédagogique : super projet, super séance de travail… mais tout bien réfléchi, ne suis-je pas un peu fou d’avoir dit « oui » à ces ingénieurs de l’espace qui ont osés nous lancer un tel défi ??

Mais non ! Soyons fous ! Nous sommes des Savanturiers !!!

Le Rover EXPLOMARS 2018

« Dans le cadre de la démarche Savanturiers, faire développer à 3 classes de 3°, un véhicule d’exploration spatiale. Pour rendre ce défi encore plus passionnant et l’ancrer dans un univers réel d’entreprise, la mission Exomars est prise comme base de travail. »

(extrait de notre lettre de mission)

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Pour en savoir plus, faites un petit tour par ici 🙂 (notre site pédagogique)

Nous publierons régulièrement des nouvelles de notre travail sur le blog des Savanturiers, et vous pourrez suivre nos journaux de bord sur le site 123techno.fr

A très bientôt

Les classes de 3e du collège du Mont Saint Jean à Antibes